7

 

Richard avait converti le rez-de-chaussée de son hôtel particulier en bureaux : l’un à son usage personnel, pourvu d’un équipement informatique de pointe, et deux autres, plus petits, pour ses assistants. À cela s’ajoutaient une minuscule cuisine et deux salles de bains – une pour lui, l’autre destinée à ses employés. Cet arrangement s’avérait parfait, pour peu que l’homme d’affaires désirât travailler tard le soir, voire toute la nuit.

Son objectif, chaque matin, était de gagner le plus d’argent possible.

Richard Worth avait passé la majeure partie de sa vie d’adulte à faire fortune. Il se plaisait à anticiper l’évolution du marché boursier, mais ce plaisir restait modéré. Parce qu’il avait connu la pauvreté dans son enfance, il s’était promis de devenir milliardaire. Mission accomplie.

Il lui avait tout de même fallu quelques années pour y arriver. Richard n’avait pu pallier, du vivant de Pops, son grand-père, les difficultés financières que rencontrait la petite ferme familiale, en Virginie. Du moins avait-il procuré à sa mère une aisance matérielle les dernières années de sa vie. Dès lors, la vieille dame avait entretenu un potager pour son plaisir, et non plus par nécessité.

La misère brise un homme, fait de lui un parasite – ou bien le rend plus fort. Par orgueil, Pops avait refusé l’aide sociale. Il avait cultivé ses champs arides, loué ses services à d’autres fermiers. La mère de Richard, quant à elle, avait effectué des travaux de couture et de repassage à domicile. Dès seize ans, Richard travaillait aux foins, moyennant salaire.

Le milliardaire n’avait qu’un vague souvenir de son père, enterré au petit cimetière du village, sur la tombe duquel il se rendait plusieurs fois par an. Son grand-père lui avait appris qu’un homme doit gagner sa vie et il avait retenu la leçon. Aussi n’avait-il pas ménagé sa peine. Il s’était battu sans relâche pour réussir.

Richard ne s’était jamais caché de ses origines paysannes, Candra, en revanche, s’en était mal accommodée. Tout au plus autorisait-elle son mari à avouer qu’il venait de Virginie. Rien d’autre. S’il l’avait écoutée, il se serait inventé un manoir de famille et un ancêtre dont la signature figurait sur la déclaration d’indépendance des États-Unis.

Richard avait veillé à ne jamais retomber dans la pauvreté. Il avait diversifié ses investissements, placé des fonds dans les pierres et les métaux précieux, afin de parer un éventuel effondrement du marché boursier. Il éprouvait un certain amusement à jongler avec les cours des actions. Il avait d’ailleurs comme un sixième sens à cet égard. Des années auparavant, il s’était fixé le montant du capital qu’il tenait à réaliser… Aujourd’hui milliardaire, il l’avait dépassé mais n’en continuait pas moins à travailler. Et à s’enrichir.

Candra enrageait de ne pouvoir lui soutirer une somme plus conséquente.

Penser à sa femme assombrit l’humeur de Richard. Sans doute l’avait-il aimée au début de leur histoire. À moins que ce mariage n’ait été pour lui qu’un défi, au même titre que Wall Street. Dix ans après, il avait peine à se souvenir de la nature exacte de ses sentiments pour la Candra qu’il avait épousée, Richard savait cependant ce qui l’avait attiré chez elle. C’était une femme très séduisante, au statut social irréprochable, et dotée d’un patrimoine ancien. Elle était avenante – trop au goût de Richard, mais sans doute pas aux yeux de ses amants.

Leur mariage avait commencé à se déliter dès l’instant où il avait eu vent de ses infidélités. Candra s’imaginait qu’il n’avait découvert que sa première liaison. Elle se leurrait : Richard connaissait l’identité de tous ses amants. Il savait qu’elle couchait avec Kai, et qu’elle avait une histoire sporadique avec Carson McMillan. Il n’ignorait ni le nom des artistes auxquels Candra avait accordé ses faveurs, ni celui des amis du couple qui l’avaient possédée intimement. Après qu’il eut cessé de l’aimer, Richard s’était parfois servi de Candra pour son propre plaisir, utilisant chaque fois un préservatif. Et cela bien que sa femme prît la pilule. Elle ne s’était jamais étonnée de cette pratique plutôt humiliante – sans doute parce qu’elle en devinait le motif.

Il arrive hélas qu’un préservatif se déchire. Deux ans plus tôt, Richard avait eu cette malchance, alors que Candra se soignait, de surcroît, aux antibiotiques. Mrs Worth était tombée enceinte et, sans le consulter, avait eu recours à l’avortement.

Richard voulait des enfants, il avait toujours désiré en avoir. Au début de leur mariage, Candra avait préféré attendre et il avait accédé à ce souhait : son assise financière n’était pas assez solide pour envisager, selon ses propres critères, de fonder une famille. Mais lorsque, enfin, il s’était estimé à l’abri de tout besoin, Candra avait déjà des amants et lui-même avait perdu tout désir d’avoir des enfants d’elle. Richard avait néanmoins souffert à la pensée de cette frêle existence perdue et n’avait jamais pardonné à son épouse d’avoir avorté de leur bébé et de lui avoir annoncé la nouvelle avec un plaisir évident. Dès lors, il avait haï sa femme.

Refusant que Candra passe une nuit de plus sous son toit, il lui avait ordonné de déguerpir. Il l’avait conduite à l’hôtel, tandis qu’elle pleurait, le maudissait, lui jurait qu’elle avait inventé ce mensonge pour le blesser. Richard avait réveillé un serrurier en pleine nuit et fait changer les serrures de sa maison. Par la suite, Mrs Worth avait dû prendre rendez-vous chaque fois qu’elle venait chercher des affaires personnelles – ce qui l’avait terriblement humiliée.

Candra avait assuré aux amis du couple que Richard et elle-même divorçaient par consentement mutuel. Ce mensonge indifférait l’homme d’affaires. Il voulait seulement que le divorce soit prononcé, et ne jamais revoir sa femme. Il se reprochait de ne pas avoir agi plus tôt, de s’être plongé dans le travail pour oublier. Il était resté avec Candra alors même qu’il ne l’aimait plus. À cause de sa passivité, un enfant non désiré avait été conçu, que sa femme n’avait pas gardé. Richard se sentait une grande responsabilité dans cette histoire.

Depuis quelque temps, le milliardaire éprouvait la nécessité d’un changement. Il ne tenait pas à passer sa vie devant un écran d’ordinateur, à analyser des marges bénéficiaires, à anticiper les indices de consommation, les caprices du marché. Cette activité ne représentait plus un défi pour lui. Or Richard avait besoin de défis pour progresser. Dans l’armée, il s’était mesuré à des situations extrêmes. Il aurait pu embrasser la carrière militaire, s’il n’avait pas eu la volonté de faire fortune – afin de pourvoir aux besoins de ses ascendants.

Aujourd’hui, il avait réussi. L’heure était venue de tourner la page.

Le visage de Sweeney s’imposa à lui. Il s’appuya contre le dossier de son siège et sourit. Il avait trouvé son nouveau défi.

La jeune femme refusait de s’engager dans une relation avec lui parce qu’il était encore marié, ce qui n’était pas pour lui déplaire. Elle faisait preuve d’une rigueur morale qui lui rappelait sa mère et son grand-père. Comment Sweeney avait-elle acquis de tels principes ?

Richard voulait tout savoir de la plasticienne : il s’était fait faxer une copie du formulaire qu’elle avait rempli avant d’emménager dans l’appartement, « Paris Samille Sweeney, trente et un ans, artiste peintre. » Elle n’avait pas menti sur son nom. D’après les renseignements portés sur l’imprimé, la mère de Sweeney peignait elle aussi – Richard n’avait jamais entendu parler de cette femme – et son père était un cinéaste assez renommé à Hollywood. Bien que tous deux fussent encore en vie, elle avait cité son frère comme plus proche parent – ce qui en disait long sur les rapports qu’elle entretenait avec eux. D’une manière générale, elle s’était montrée très évasive quant à sa famille.

Ces détails n’avaient bien sûr pu contenter Richard. Il se souvint d’elle, bondissant de ses genoux comme si elle était assise sur un bâton de dynamite. Leurs relations promettaient d’être amusantes – et frustrantes. Sweeney obsédait le milliardaire depuis qu’ils avaient échangé ce regard brûlant, deux jours plus tôt. Il ne supportait plus, tout à coup, de vivre dans l’abstinence.

Sweeney était presque l’opposée de Candra. Cette dernière, consciente de sa beauté, s’habillait en fonction de l’image qu’elle souhaitait donner d’elle. Sweeney, pour sa part, n’avait aucune idée de son charme – et ne se préoccupait guère de sa garde-robe. Mrs Worth se mouvait en société comme un poisson dans l’eau. L’artiste s’avérait incapable d’hypocrisie mondaine. L’une était communicative, l’autre solitaire. S’il voulait que Sweeney l’accepte dans sa vie, Richard allait devoir user de stratégie et faire preuve de persévérance. Candra était une femme libérée, alors que Sweeney était si romantique et exclusive qu’un simple baiser l’effarouchait.

Il s’était promis de conquérir la jeune femme. Cela impliquait de régler au plus vite son divorce.

Richard saisit son téléphone, composa le numéro de Gavin Welles, son avocat. On le lui passa immédiatement.

— Cela a assez duré, déclara-t-il sans préambule. Concluez !

— Vu le volume de vos biens, une année est peu de choses, Richard. Soyez patient. Vous êtes en position de force.

Candra comprendra tôt ou tard qu’elle gaspille des fortunes en frais d’avocat. Elle se pliera à vos exigences, par intérêt.

— Dans la mesure où elle ne cède pas, je soustrais dix mille dollars par jour sur la somme que j’ai accepté de lui verser. À partir d’aujourd’hui. Avisez-en son avocate. Et si Candra n’a pas signé d’ici la fin de la semaine, je lui reprends la galerie.

Gavin resta silencieux un moment.

— Elle se battra bec et ongles pour garder la galerie. Vous le savez.

— Et elle sait qu’elle perdra de l’argent si elle s’entête. Je ne bluffe pas, Gavin. J’aurais dû lui forcer la main il y a des mois, mais je tenais à me conduire en gentleman. Elle a abusé de ma patience. Informez-en Olivia.

Richard raccrocha et s’appuya contre le dossier de sa chaise, l’air sombre.

Dans son bureau du centre-ville, Gavin Welles poussa un soupir, fataliste. Il téléphona à maître Yu, qui défendait les intérêts de Candra. Lorsqu’elle apprit les nouvelles conditions de l’accord, Olivia se lança dans une diatribe qui obligea Gavin à écarter le combiné de son oreille.

— Le salaud ! Il est sérieux ?

— On ne peut plus sérieux, Olivia.

— Qu’est-ce qui lui prend ? J’aurais fini par convaincre Candra qu’elle tenait là le meilleur arrangement possible. Elle va enrager. Sa remplaçante doit piaffer d’impatience dans les coulisses !

Maître Welles avait fait le même raisonnement, mais il était trop discret pour l’avouer.

— Pas à ma connaissance.

— Allons, Gavin ! Il veut officialiser une liaison, et vous le savez.

— Et quand bien même ce serait le cas !

Richard aurait pu coucher avec une femme différente tous les soirs, au beau milieu de Times Square, cela n’aurait en rien affaibli sa position.

Olivia en avait parfaitement conscience. La somme qu’offrait le milliardaire était plus qu’honorable. Seulement Candra n’avait rien voulu entendre.

— Très bien. Je vais l’appeler, concéda l’avocate.

— Quoi ?

Olivia s’était attendue à des protestations virulentes, or Candra n’émit qu’un murmure horrifié. Maître Yu répéta les conditions nouvelles que leur imposait Richard.

— Il ne peut pas faire ça ! Nous étions déjà convenus…

— Vous n’avez pas signé les papiers, Candra, remarqua Olivia, très à propos. Richard n’est pas légalement tenu de maintenir cette offre parce que vous la refusez. Il est libre de faire ce qu’il veut.

— Mais la galerie est à moi ! s’offusqua Candra. J’ai lancé les artistes, j’ai rendu l’affaire rentable. Il n’a pas le droit de me la reprendre !

— Richard est propriétaire de l’immeuble, Candra. Il finance la galerie. Sans lui, cette affaire n’aurait jamais vu le jour. Son nom apparaît sur tous les règlements. Un bon avocat – et Gavin Welles est brillant, croyez-moi – pourrait arguer du fait que votre mari agissait en coulisses, tandis que vous ne teniez qu’un rôle secondaire. Vous auriez dû mettre la galerie à votre nom. Je vous dis cela avec le recul.

Olivia rencontrait des situations de ce genre en permanence.

— Je l’aurais fait si j’avais eu des raisons de m’inquiéter, expliqua Candra, abattue. Tout allait bien, puis il y a eu cette dispute, et Richard a demandé le divorce le lendemain. Je n’ai pas eu le temps de protéger mes intérêts.

Il convenait d’y veiller avant que la situation ne se dégrade, songea Olivia en son for intérieur. Elle se demandait à quel propos les Worth s’étaient querellés. Candra n’en avait jamais rien dit, mais la chose avait dû être grave pour trouver une conclusion aussi rapide – et aussi radicale. Lors de leurs réunions, Richard Worth avait fait preuve d’une parfaite maîtrise de soi. Il s’était montré froid et inébranlable. Mais, de toute évidence, pas assez à son goût puisqu’il venait de durcir encore sa position.

— Je vais lui parler, bafouilla Candra, au bord des larmes.

— Candra… soupira Olivia. À quoi cela servira-t-il ? Citez-moi un seul point de détail sur lequel Richard accepterait de céder. Signez ces papiers, avant de perdre dix mille dollars de plus !

— Je le convaincrai de me rendre les dix mille dollars d’aujourd’hui. Je vous promets de signer les papiers s’il accepte ce compromis.

Candra raccrocha, écœurée. Un an plus tôt, ces dix mille dollars lui seraient apparus comme de l’argent de poche. Aujourd’hui, elle jugeait cette somme énorme. Elle n’avait pas de nouvelles de Carson, mais il fallait lui laisser le temps de se retourner. Le chantage n’était pas une solution sûre et, jusqu’à ce que le sénateur paie, elle ne pouvait se permettre de perdre un centime. Et puis, que ferait-elle si le politicien refusait de se soumettre à ses exigences ? La publication des photos briserait aussi bien sa carrière à elle que celle de McMillan. De plus, ils encouraient l’un et l’autre une peine de prison pour usage de stupéfiants. Candra espérait seulement que Carson paierait pour ne pas s’exposer à la vindicte et aux humiliations publiques.

Mais pourquoi ce revirement chez Richard ? L’homme ne bluffait pas. Il tenait à en finir avec elle. Rapidement. Pourquoi ? Pourquoi maintenant, et non deux mois plus tôt ?

Quel motif impératif avait-il d’agir ainsi ? Quelle raison soudaine.

Une femme, bien sûr ! Candra ne lui avait connu aucune liaison depuis leur séparation, mais n’en déduisait pas pour autant que son mari avait vécu comme un moine. Elle connaissait ses appétits charnels. Elle savait aussi que les femmes gravitaient autour de lui comme s’il leur avait envoyé des signaux subliminaux indiquant son goût pour les corps à corps lents – et fréquents.

Richard affichait également des valeurs désuètes. Si une femme s’était trouvée enceinte par sa faute et par accident, il eût insisté pour l’épouser. Candra avait appris – à ses dépens – que son mari ne prenait pas une grossesse à la légère.

Cependant, Richard n’avait pas pour habitude de répéter ses erreurs. Il était à présent bien trop vigilant sur ce plan.

Le plus probable était donc son intérêt subit pour une autre femme. Candra imagina celle-ci prenant sa place : elle dormirait dans son lit, se réveillerait dans les bras de Richard, déjeunerait avec lui. La directrice de la galerie Worth eut envie d’hurler. Elle aurait donné n’importe quoi pour revenir en arrière. Impossible cependant. Elle devait arrêter de se consumer en regrets inutiles. Et réfléchir.

Sweeney ! Évidemment !

Son intuition lui soufflait que Richard avait jeté son dévolu sur la jeune artiste – même si celle-ci n’en avait pas conscience. Son attitude froide et réservée ne ferait d’ailleurs qu’exciter davantage le milliardaire, qui mettrait alors un point d’honneur à l’attirer dans ses rets.

Candra allait retourner la situation à son avantage. Elle s’en savait capable.

— Tu complotes quelque chose, remarqua Kai.

Le jeune homme était entré dans son bureau sans frapper. Elle lui lança un regard outré. Son amant prenait trop de libertés avec elle. Il convenait de le remettre à sa place. Mais plus tard. Candra avait en lui un interlocuteur possible.

— Je crois que j’avais raison en ce qui concerne Richard et Sweeney. Il est tout à coup pressé d’en finir.

— Il a accepté tes conditions ? s’enquit-il, les yeux brillants de cupidité.

— Non, Richard reste intraitable, mais je crois que je dispose de nouveaux atouts.

— Tu joues avec le feu, l’avertit Kai. Richard ne tolérera aucune menace de ta part.

— Dans ce cas, il ne devrait pas essayer de m’intimider.

— Oh ? Il en est arrivé là ?

— Peu importe.

Kai ignorait que Richard était propriétaire de la galerie. S’il l’avait su, il aurait démissionné sur l’heure et laissé Candra dans l’embarras. Elle-même ne se berçait pas d’illusions sur la loyauté du personnage et voyait avant tout en lui un investissement rentable : la majeure partie de sa clientèle féminine succombait à son charme.

— Qu’as-tu l’intention de faire ?

— Lui parler.

Candra se leva et prit la besace en cuir qui lui servait à la fois d’attaché-case et de sac à main. Par bonheur, elle n’était pas retournée chez elle se changer. Elle était toujours vêtue du tailleur gris qu’elle portait le matin même, à Washington.

— Pourquoi ne pas simplement lui téléphoner ?

— Je préfère avoir une discussion en tête-à-tête.

— Qu’est-ce qui te fait croire qu’il va te recevoir ?

Le milliardaire avait refusé plusieurs fois l’entrée de sa maison à son épouse, au vif amusement de Kai – et à la grande humiliation de Candra.

— Oh, je pense qu’il s’attend à ma visite.

Richard remarqua aussitôt le tailleur strict.

— Tu essaies d’obtenir un rôle à Broadway ? demanda-t-il, montrant à sa femme que son subterfuge ne prenait pas avec lui.

Candra contint son irritation. Elle aurait dû se souvenir à quel point Richard était observateur.

— J’avais un rendez-vous d’affaires ce matin, dit-elle – ce qui n’était pas faux.

Plutôt que de l’emmener au salon, Richard escorta Candra jusque dans son bureau, sous-entendant ainsi qu’elle n’était pas la bienvenue dans cette maison. Comme s’il avait eu besoin d’insister sur ce point… Pour lui, Candra n’était plus qu’une histoire à conclure – une histoire déplaisante de surcroît.

L’espace, exigu, et l’aspect Spartiate de la pièce de travail de Richard ne laissaient pas de surprendre Candra. Un mobilier élégant aurait pu pallier la petitesse des lieux. Or tout était fonctionnel ici, même le grand fauteuil en cuir.

— Je vois que ton avocate t’a fait part de mes nouvelles conditions, déclara-t-il d’un ton froid.

Il prit place sur son siège, noua ses doigts derrière sa tête. Son expression était indéchiffrable.

Candra s’installa face à lui, de l’autre côté du bureau. Elle attaqua sans coup férir.

— Sweeney traverse une sorte de crise artistique, et cela depuis des mois. Elle m’a apporté ses nouvelles toiles hier, mais elle doute de leur qualité. Je l’ai encensée, bien sûr, mais en fait je vais avoir un mal fou à vendre ces tableaux.

Richard resta de marbre.

— Et tu me racontes cela parce que… ?

S’était-elle leurrée ? Non, impossible. Elle lui en voulut de prolonger ainsi le suspense.

— Je te connais, chéri. J’ai bien vu comment tu la regardais.

Comme s’il voulait la prendre sur-le-champ, devant tout le monde ! pensa Candra avec fureur. Un sentiment de jalousie la tortura, qu’elle domina.

— Avec mes yeux ? se moqua-t-il d’un ton suave.

— Ne fais pas le malin, s’il te plaît. J’ai le pouvoir de briser sa carrière. Je n’y prendrais pas plaisir – j’aime beaucoup Sweeney – mais si cela s’avère nécessaire…

Candra haussa les épaules, faussement désinvolte.

— Et moi j’ai le pouvoir de te trouver une remplaçante sur l’heure, rétorqua Richard. À la galerie. Et ailleurs !

Il plissa les yeux en se penchant en avant. Son expression était si menaçante que Candra eut un mouvement de recul.

— Si tu entreprends quoi que ce soit pour nuire à Sweeney, tu n’obtiendras pas un sou de moi ! cracha-t-il.

— Ainsi, j’ai vu juste, réussit-elle à articuler.

Candra n’en était pas moins inquiète. Elle n’aurait pas pensé que Richard réagirait ainsi à son ultimatum.

— Tu as vu juste ?

— Pourquoi la défendrais-tu, autrement ?

— Je vois plusieurs raisons de ne pas céder à un chantage, remarqua-t-il.

Candra eût préféré que Richard n’emploie pas ce mot. Elle pâlit.

— Tu noircis le tableau.

— Et tu appelles cela comment ? Si je refuse de payer, tu briseras la carrière de Sweeney. Cela ressemble beaucoup à de l’extorsion de fonds.

Richard se leva soudain et saisit Candra par le bras, l’obligeant à quitter son siège.

— Va-t’en.

— Richard, attends !

— Je t’ai demandé de sortir.

Il l’entraîna vers la porte, sous les regards étonnés de ses assistants. Mrs Worth rougit de honte.

Elle dégagea son bras, fit volte-face et le dévisagea.

— Je te ferai regretter de m’avoir traitée de cette façon-là ! déclara-t-elle d’une voix entrecoupée de sanglots.

— Signe les papiers, dit Richard.

Il ouvrit la porte et la jeta dehors.

— Sinon, c’est toi qui le regretteras.

Les couleurs du crime
titlepage.xhtml
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Howard,Linda-Les couleurs du crime(Now you see her)(1998).French.ebook.AlexandriZ_split_024.html